Quand la vie (te) change

Et voilà. Je pose les premiers mots sur ce blog, sans avoir vraiment réfléchi à ce qu’il contiendrait. Je pose ces premiers mots, avec l’envie d’en faire le témoin de ma vie nouvelle. Ce n’est pas vraiment un point de départ, mais plutôt un trait d’union entre mon bouleversement intérieur et, toi, vous, qui êtes derrière votre écran, peut-être proches, peut-être lointains.

Je parle de « vie nouvelle ». Et, sans doute, tu auras déjà vécu une rupture, une transition, un changement, dans ta vie. Peut-être qu’autour de toi, quelqu’un est en train de tout plaquer, de tout changer.
Le monde roule à mille à l’heure, tout est sans cesse en mouvement. Nous aussi. Et, pourtant, ce n’est pas anodin lorsqu’on se dit « ma vie change ». Et qu’un jour on constate que, ça y est, la vie a changé. Que l’on a changé. Que toutes nos certitudes, nos plans, nos plans B, tous nos projets et, même, nos envies, ne sont plus (tout à fait). Non, ce n’est pas anodin de sentir que tu n’as pas maîtrisé, pas vraiment souhaité d’ailleurs, le changement.

Et bon, parfois aussi, le changement s’impose. Il faut rompre avec le connu, pour avancer et sauver sa peau. Tu sais que c’est pour ton bien, que ça te projette vers du mieux… mais ça n’en reste pas moins un arrachement.

Je pourrais rentrer davantage dans les détails, même si ça fait encore un peu mal. Je peux t’expliquer, aussi, comment malgré tout j’ai mobilisé une force que je n’avais encore jamais perçue en moi.

Je visualise encore très clairement le moment du basculement. Je ne pouvais imaginer tout ce qui allait se déchaîner en moi et autour de moi par la suite, mais cet instant a acté le changement dans ma vie.
C’était il y a presque un an. Dans cette vie d’avant, je vivais avec un homme que j’aimais. Je n’ai presque rien à ajouter sur ce constat du passé : je vivais, j’aimais, j’étais au monde, entière et sereine. Je peux le dire, même si ça semble terriblement banal : je n’avais jamais aimé quelqu’un comme ça. On commençait une nouvelle étape de notre histoire, pleine de promesses, dans une jolie maison fraîchement louée. Ça ne semble pas très exaltant quand je l’écris aujourd’hui, mais c’était pourtant une source de joie immense pour moi, que de vivre simplement avec lui.
Début octobre, je venais de regarder un film dans la chambre. Première douleur dans la poitrine, écrasante, angoissante. Je me dis que ça va passer, que ce n’est rien. Le stress, la fatigue. Que demain, ça ira mieux. Mais les jours qui ont suivi, je n’allais pas mieux. Est-ce qu’il faut raconter les étapes d’une santé qui se dégrade ? Est-ce qu’il faut dire les examens médicaux, les salles d’attente, les nuits sans dormir, les journées à espérer une soudaine guérison miracle ?

Je n’ai cessé de me répéter qu’il y avait pire que moi, que ce n’était rien, puisque ma vie n’était pas en jeu. Malgré tout, je crois vraiment qu’il ne sert à rien de hiérarchiser les douleurs, les souffrances. Si tu le vis, si ça fait mal, peu importe ce que ça représente pour le monde, ce que les autres en pensent : ça fait mal et tu as le droit de dire que tu souffres. J’ai mis longtemps à le comprendre et j’essayais en vain de prendre sur moi en silence. Ça n’a fait que renforcer la détresse que je ressentais alors.
Me sentir diminuée physiquement a été terrible. Pour la première fois, je prenais conscience, intimement, du caractère éphémère de la vie. De ma vie. Mon monde avait la tête à l’envers, j’étais plongée malgré moi dans une succession de journées et d’événements dont je ne voulais pas. Je refusais que ma vie d’avant, ma vie « parfaite », m’échappe.

J’ai fêté mes 25 ans, entourée de mes amis, de ma famille, de celui que j’aimais. Mais ça n’allait pas. J’ai compris qu’il fallait accepter d’aller vers autre chose.
Le fait de tomber malade a mis en lumière des aspects de ma vie que j’avais pris l’habitude de ne plus regarder, de ne pas questionner.
Soudain, j’ai commencé à douter. Est-ce que ma relation amoureuse m’épanouissait vraiment ? Est-ce que j’étais en train de réaliser quelque chose pour moi, pour ma vie ? Est-ce que j’avançais vers la réalisation de mes rêves ?

Non. Je n’étais pas vraiment heureuse dans cette vie d’avant. J’étais juste endormie, le cœur anesthésié. J’ai excellé dans l’art de fermer les yeux sur ce qui était vraiment dérangeant. Mais choisir de se diriger vers le bonheur, vers ce qui est bon pour nous, demande du courage. Changer et accepter les changements, demande une énergie et une force… que je pensais absentes chez moi.

Et pourtant, ma relation amoureuse s’est effritée, délayée dans les problèmes de santé, l’incompréhension chronique de l’un et de l’autre, dans les détours qu’ont pris nos vies… Car oui, nos vies ne sont plus parvenues à se rejoindre. Un matin, nous nous sommes dit au revoir. Un déchirement, une évidence.

Je n’avais plus de travail, pas de perspectives, plus d’argent, plus d’Amour et plus aucune confiance en moi. Je ne me sentais, d’ailleurs, plus du tout moi. En changeant de direction, en affrontant les problèmes tous en même temps, en faisant front seule, mon cœur et mon esprit se sont amplis d’une essence nouvelle.

J’ai souvent pleuré, seule, j’ai souvent hurlé intérieurement en maudissant l’injustice, la fatalité. Et puis… je me suis rappelé, souvent aussi, que j’avais choisi. Choisi de couper avec ce qui était et de me diriger, un peu aveuglément, vers autre chose. J’aurais pu attendre et me soigner, mobiliser ma patience et le temps. J’aurais pu subir et ne pas me rebeller. Mais, en me perdant aussi parfois, c’est vrai, je suis tout de même parvenue à rire à nouveau.

Rire, avec les autres. Me sentir touchée et concernée par le monde, par les gens. Et en laissant en arrière mes petites certitudes étriquées, mes émotions étourdies par une vie que je pensais satisfaisante… je me suis regardée bien en face, j’ai appris à me pardonner, à être fière de moi.

J’ai trouvé un nouveau travail, que je ne pensais jamais être capable de faire. Je me suis plongée corps et âme dans les projets qui me tenaient à cœur, dans la musique. Je ne sais pas trop comment ou avec quelles ressources émotionnelles. J’ai juste senti, intensément, la nécessité de vivre.

Et dernièrement, des personnes, proches ou croisées au hasard d’une journée, m’ont dit que ma vie était géniale et que j’étais une fille parfaite… Mon dieu, je suis encore tellement fragile à bien des égards. Je ne suis pas encore totalement réparée. Mais je suis confiante et j’essaye, autant que possible, d’être bienveillante envers moi-même.
Ce soir, en écrivant avec confusion ces lignes, je sais que certaines choses ne changeront pas : mon corps sera toujours plus fragile, l’Amour que je portais à certaines personnes ne renaîtra pas de ses cendres. Mais j’ai envie malgré tout de partager des bribes de ma nouvelle vie, de cette Caroline que je suis. Chaque jour un peu différente, il me semble.

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